Un nouvel insecticide “néonicotinoïde” autorisé dans l’Hexagone

Miels contaminés aux néonicotinoides

Le Sulfoxaflor est-il un nouveau néonicotinoïde ?

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a autorisé le 27 septembre dernier l’utilisation du Closer et du Transform. Ces deux insecticides fabriqués par la société Dow AgroSciences contiennent une nouvelle matière active, le sulfoxaflor.

l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) a protesté le jeudi 20 octobre 2017 contre cette décision. Selon eux, cette autorisation va à l’encontre des la décision d’interdiction des pesticides néonicotinoïdes qui devrait prendre effet en septembre 2018.

« On va remplacer les néonicotinoïdes qu’on va supprimer par un nouveau néonicotinoïde », a déclaré le président de l’Unaf, Gilles Lanio.

Une qualification contestée par Dow AgroSciences, filiale agricole du groupe d’agrochimie américain Dow-DuPont de pour qui le sulfoxaflor « n’est pas un néonicotinoïde ». Il appartient à une nouvelle famille chimique, « les sulfoximines », très différente, d’après la firme, des néonicotinoïdes »,

« Il sera utilisé sur les céréales à paille, les légumes – on ne sait pas lesquels –, les pommiers et les cerisiers », poursuit Gilles Lanio. « Tous les insecticides sont des neurotoxiques, a affirmé Benoît Dattin pour la société Dow AgroSciences. Mais le sulfoxaflor agit sur des récepteurs différents de ceux touchés par les néonicotinoïdes. Il cible uniquement les insectes piqueurs-suceurs. Son action va être très, très rapide, mais après il va se dégrader en quelques jours. En respectant les doses homologuées et les précautions d’emploi, il n’y a aucun risque pour les abeilles ».

La position du syndicat des apiculteurs vis à vis de ce nouvel insecticide

Mais pour l’Unaf, il s’agit d’une distinction sans véritable différence. En effet, selon eux, le sulfoxaflor a « le même mode d’action que les autres néonicotinoïdes ». Une fois absorbée par les feuilles, la matière est systémique, c’est-à-dire qu’elle est transportée par la sève qui circule dans le système vasculaire de la plante. In fine, on retrouve la molécule (ou ses composés) jusque dans le pollen et le nectar. C’est ce qui rend le produit nocifs pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages.

L’Unaf n’est pas convaincue par cette explication. Au lancement du Gaucho (contenant de l’imidaclopride) Bayer jurait ses grands dieux que la molécule était bloquée dans les parties vertes des plantes et qu’on ne pouvait pas la retrouvée dans les organes floraux. 20 ans plus tard, on sait qu’elle diffuse partout et qu’on la retrouve dans le nectar des fleurs et que des traces sont décelables dans les miels du monde entier !

La situation des néonicotinoïdes en France

Les néonicotinoïdes sont des insecticides qui agissent sur le système nerveux central des insectes.

En raison de leur rôle important dans la forte mortalité des abeilles depuis plus de 20 ans, l’Union européenne a restreint en 2013 l’usage des trois principales substances néonicotinoïdes. Toutefois, seules les cultures à fleurs, et non les céréales d’hiver, sont concernées par cette restriction.

En France, la loi sur la biodiversité de 2016 prononce l’interdiction des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018. Cependant, certaines dérogations seront applicables jusqu’au 1er juillet 2020 selon les cas.

Un décret d’application a été promis pour août 2017 par le ministre de la Transition Écologique Nicolas Hulot. A ce jour, il n’a pas encore été mis en application. Et malgré les demandes des apiculteurs, le sulfoxaflor ne figure pas pour l’instant dans le décret. Deux avis devraient être rendus par L’Anses sur les alternatives aux néonicotinoïdes au début de l’année 2018.

Selon une enquête rendue publique ce jeudi 20 octobre par l’Unaf, sur une surface agricole utile française d’environ 20 millions d’hectares, « au moins six millions d’hectares » sont traités chaque année avec des insecticides néonicotinoïdes, et ce que ce soit par des traitements de semences ou par pulvérisation.